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Incarner ou rendre hommage ?

par Konstantina Theodosopoulos, publié le 2013-05-10
Organisé en 2008, le concours du June Callwood Park à Toronto visait le redéveloppement d’un espace public communautaire. Les organisateurs souhaitaient également que le projet s’inspire de la philosophie de June Callwood. Journaliste et fervente activiste, véritable icône en matière de justice sociale, son décès, en 2007, a véritablement endeuillé la communauté torontoise. Le choix de lui rendre hommage s’est imposé jusqu’à devenir le thème central du concours. Le June Callwood Park s’inscrit dans une série de concours visant la revalorisation et l’évolution du paysage urbain torontois. Un parc peut-il à la fois incarner et rendre hommage aux idées d’une personnalité ?

Le site se trouve sur une parcelle de 4000 m2 au croisement des rues Fleet et Bathurst, adjacent au Fort York (objet d’un concours international en 2009) et à proximité du quartier Waterfront (objet d’une série de concours dès 2006 : Central Waterfront Design Competition, 2006, East Bayfront — Jarvis Slip Design Competition, 2007, Lower Don Lands Design Competition, 2007. Cette partie de la ville vit donc un intense processus continu de redéfinition, à la recherche d’une nouvelle identité, après de nombreuses années de négligence. Les organisateurs ont formulé une série de suggestions programmatiques. On y retrouve : « la flexibilité du programme, afin d’évoluer et répondre aux besoins futurs, la conception d’espaces de jeu créatifs et interactifs pour les jeunes enfants, l’intégration de jeux aquatiques, autant au niveau sculptural/architectural que du divertissement. En plus d’une certaine perméabilité du parc, d’une connexion avec la communauté qui l’entoure, le June Callwood Park devra montrer une considération patrimoniale pour le quartier historique Fort York, ainsi qu’être à l’abri des changements de température radicaux, hiver comme été. Finalement, la création d’un hommage fort à la vie de June Callwood à travers l’art public est nécessaire ». Il est difficile de ne pas s’interroger sur la manière dont les éventuelles propositions sont parvenues à intégrer autant d’injonctions que de contraintes.

Les quatre équipes retenues ont présenté des visions très différentes pour un même parc de configuration globalement linéaire. Certaines propositions ont adopté une vision plus écologique, d’autres ont misé sur une interprétation de la philosophie de Callwood.

La proposition lauréate, formulée par la firme torontoise gh3, n’a pas hésité à convoquer les « ondes vocales de June Callwood » lors de sa dernière entrevue, et plus particulièrement son I believe in kindness, devenu l’élément central du projet. Au travers de la géométrisation et de la concrétisation de ces ondes, le parc s’organise en donnant naissance à la promenade. En fait, au dire des concepteurs, les ondes forment un « motif abstrait d’ouvertures et de clairières au sein des bosquets denses », avec un chemin sinueux traversant le parc et rejoignant les clairières. Les clairières encouragent le jeu non programmé, mais ont quand même une fonction envisagée. Le parcours est interactif et invite à l’utilisation des espaces pour une expérience variée.

Dans le projet non retenu de Janet Rosenberg + Associates, le cercle est utilisé comme symbole de la philosophie de Callwood, évoquant, au risque du simplisme, le rayonnement d’une bonne action dans la communauté. Les zones circulaires sont intégrées au milieu de l’axe de circulation, prévoient une programmation différenciée encourageant l’échange communautaire. C’est véritablement une mise en scène que soulignent ces zones circulaires, visibles de tous les points de la promenade. La proposition de Balmori & Associates, conçue en collaboration avec Du Toit Allsopp Hillier, un « axe fort entre Fort York et le Lac Ontario relie les parties les plus importantes des environs. » Dans les faits, le projet semble plutôt proposer une circulation linéaire dans une topographie plissée, sans planification particulière. Le land art préconise ici une promenade plutôt que l’interaction avec le parc. Cette tentative de programmation est généralement difficile à saisir à partir des rendus, exception faite d’une place publique pour des évènements. L’emphase est plutôt placée sur l’aspect écologique de la proposition, selon une stratégie végétale visant à protéger le site des vents dominants. En un clin d’oeil à Callwood, la stratégie végétale inclut les arbres préférés de son enfance, érables et cerisiers. Subtile évocation au demeurant.

Enfin, dans la proposition de PMA Landscape Architects, conçue en collaboration avec Ground, l’aspect écologique se trouve développé de manière plus approfondie que dans celle de Balmori & Associates selon une volonté de nourrir et d’assurer la santé et la vitalité de la communauté. Le parc s’offre aux citoyens comme une pause dans la vie stressante et frénétique de la communauté, comme un endroit où voisins et familles pourront tisser des liens à travers l’engagement social. L’agriculture agit ici comme élément unificateur. Une trame apposée sur le site détermine différentes parcelles au travers de zones agriculturales distinctes. La vision de PMA semble pour le moins utopiste pour un parc contemporain, l’intérêt des utilisateurs pouvant s’avérer difficile à susciter. Néanmoins, en se référant au jardin communautaire Châteaufort à Montréal, au croisement des avenues Van Horne et Darlington, force est de constater que ce type d’installation peut être bien reçu, voire en demande par les citoyens. Cherchant un équilibre entre les qualités du parc et l’hommage à June Callwood, le jury s’est déclaré « très favorable à la forme d’onde vocale prise de la dernière entrevue de June Callwood et son articulation sur le site en tant qu’élément organisateur subtil. Cet élément directeur et l’idée de la “forêt urbaine” étaient communiqués de manière graphique puissante de manière à générer un programme intéressant. » Si cette « forêt urbaine » a su convaincre par sa stratégie contre le soleil et le vent, cela n’a pas empêché le jury de formuler une longue liste de recommandations pour améliorer le projet lauréat. Ce type de concours, pavé de bonnes intentions, impose aux concepteurs de parier sur le degré des attentes auxquelles il convient de répondre, tout en évitant le saupoudrage des idées attendues. Tout un pari en effet !
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