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« Ilôt des Palais », projet suspendu, patrimoine en sursis

par Jacques White, publié le 2008-02-01
L’après-concours de l’îlot des Palais à Québec aura fait couler, jusqu’à maintenant, bien plus de salive que d’encre chez les architectes. Après l’inattendue résurgence du projet lauréat parmi les récipiendaires des prix d’excellence 2007 de la revue Canadian Architect et après l’annonce récente de la décision du nouveau maire de Québec d’en suspendre la réalisation, nous sommes forcés d’admettre que l’îlot des Palais reste un dossier d’actualité. Tout n’a d’ailleurs pas été dit, ni compris, de l’histoire rocambolesque du projet, notamment de l’épisode marquant du concours. Deux timides et tardives expositions tenues à Québec, au printemps dernier, n’ont pu faire oublier la publication inexpliquée — apparemment une fuite (...) — d’une version outrageusement remaniée du projet gagnant par le promoteur avant la diffusion de tous les projets soumis au concours. Enfin, ceux-ci sont désormais largement diffusés, dans leur intégralité, grâce au Catalogue des Concours Canadiens du LEAP. Les défenseurs de la transparence du processus de concours et de l’établissement des conditions qui offrent aux architectes un territoire de contribution à l’édification d’une culture architecturale proprement contemporaine au Québec se réjouiront de constater que « l’architecture potentielle » générée par le concours de l’îlot des Palais retrouve enfin ses droits de « requestionner », publiquement, les questions posées par le promoteur du projet.

Du reste, l’intérêt de la diffusion des projets du concours de l’îlot des Palais réside probablement moins dans les réponses qu’elle fournit aux questions politiques et procédurales qui restent en suspens après quelques manipulations douteuses de l’information suite au concours, que dans le recentrement du propos sur des questions proprement architecturales : Quelles propositions ont émergé de la posture déterministe du promoteur en regard de la commémoration de l’exercice du pouvoir de l’intendant en Nouvelle-France par la reprise, voire la reconstitution, des volumes bâtis qui en exprimait le mieux l’importance historique ? Comment l’approche tectonique caractéristique de la fin du siècle dernier se transforme-t-elle en ce début du XXIe siècle, sous diverses influences, dont celle du numérique ? Sous quelles formes et par quels dispositifs se décline aujourd’hui la contemporanéité du geste architectural dans un milieu aussi sensible et chargé de mémoire ? En dépit du nombre relativement restreint de propositions reçues pour ce concours, des idées intéressantes en regard de ces questions et bien d’autres qu’elles sous-tendent peuvent être dégagées du lot, pour qui sait les décoder. L’exercice est désormais offert à qui veut bien y consacrer un moment.

Pendant que les propositions du concours, resté dans l’ombre pendant plusieurs mois, se dévoilent maintenant sous un nouvel éclairage, l’avenir du site de l’îlot des Palais est en train de se jouer. Des historiens et des archéologues commencent à prendre la plume pour défendre le maintien du projet, pendant que les architectes en discutent en coulisse. Le vieillissement prématuré des vestiges, déterrés et sans protection, soulève maintenant de vives inquiétudes au plan de leur conservation. Ironiquement, les fondations de la première phase du projet, mises en place avant l’arrêt des travaux, ont ajouté une nouvelle couche archéologique à celles en place, qu’il sera peut-être difficile à décoder par les archéologues dans un siècle ou deux... Peut-être, aussi, les quelques dérives de l’après-concours auront-elles laissé quelques séquelles propres à fragiliser, un certain temps, la réputation des concours. Or, si l’archéologie se définit comme la science des choses anciennes, il ne faudrait pas oublier que l’architecture a le pouvoir de forger l’avenir. Il revient à nous, architectes, d’y voir et d’y croire.

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